Créer son rêve

Publié le par sunshine

J'aime bien mon job parce que je rencontre des gens complètement différents. Parfois c'est drôle. Enfin ça fait aussi peur.

Ok, j'vous explique :

Dans mon job, je suis au contact de personnes qui veulent créer ou reprendre une entreprise. Le plus souvent, ca va du petit artisan qui veut simplement créer son propre emploi au cadre sup qui veut évoluer et manager une PME de 10 à 20 salariés. Notre cible étant les petites PME qui créent des emplois, on réoriente toujours un porteur de projet hors-cible.

Parfois je reçois des appels de gens en situation difficile, souvent chômeurs sans aucun apport perso, qui cherchent des aides à tout va, sans savoir "la base d'la base" de ce qu'est une entreprise. Sans pourtant allez chercher bien loin, hein, simplement la base, quoi. Parce qu'on est là pour conseiller et réorienter, comme tout organisme d'aide, mais faut pas non plus exagérer.

Pour vous donner un exemple, voilà des extraits d'une conversation de 45 min, ce matin (et ça ne sont que des extraits, je vous épargne les détails de vie) :

le créateur, 43 ans : "je voudrais acheter un bois de 13 ha pour y monter des boxes pour chevaux"
moi : "ok, vous avez quelle situation actuelle?"
lui : "chômeur depuis 10 ans"
moi (oulàlà) : "vous avez déjà établi par écrit un plan de financement pour savoir si votre entreprise sera rentable?"
lui : "heu...c'est à dire??"
moi (argh) : "il faut savoir exactement le coût de votre projet, combien d'argent vont entrer et sortir, pour voir si vous allez gagner ou perdre de l'argent au final"
(damned, j'ai l'impression de parler à un gosse...)
lui : "heu...ben je cherche des aides justement pour pouvoir payer mon projet"
moi (umpf) : "je comprends mais il faut quand même que vous ayez une idée de combien votre projet vous coutera, avec et sans aides...vous avez un apport personnel?"
lui : " ben j'ai besoin de 25 000 euros et j'ai 5000 euros d'apport personnel"
moi : "ok, ça fait 20% d'apport, au niveau des banques c'est la moyenne pour lever un crédit et..."
lui : "ah non mais les 5000 euros c'est avec ma banque"
moi (*@q="s*) "donc les 5000 euros c'est la banque qui vous les prête, c'est pas un apport personnel")
(purée je parle français pourtant, non?)

(......)

Moi : "bon, si je vous demande comment vous voyez votre entreprise dans 3 ans? quelle sera sa taille, le nombre de personnes, d'après vous?
Lui " : "oh et bien je dirais que j'aurai bien.... 25 chevaux...."

(NO COMMENT)

Moi : "bon, je vais vous donner les coordonnées de l'ADIE, c'est un organisme qui aide les petits projets de créateurs d'entreprise dans votre situation qui ont des difficultés à avoir accès au crédit bancaire. Nous ne pourrons pas vous accompagner car vous ne créez pas plusieurs emplois"
Lui : " heu....et ça compte pas si ya des stagiaires?"
Moi (ARGH interieur) : "un stagiaire n'est pas un EMPLOYE (nom de *******!!!!), nous aidons les gens qui créent des EMPLOIS, des salariés...."

Je lui donne le numéro. Il me remercie et raccroche.

J'ai l'oreille gauche en feu mais j'ai fait mon job : écoute, conseil, réorientation.
Et en même temps j'ai un petit pincement au coeur pour ce monsieur. Parce qu'il aura du mal à réaliser son rêve.
Peut-être parce que, justement, pour lui, c'est un rêve.



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Publié dans travail

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E
Symptomatique.Que ce genre de types (même si c'est mignon, tout ce que tu veux blablaaaabla) ne réalisent pas leurs "rêves", c'est leur rendre service.
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